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samantha.cazebonne@assemblee-nationale.fr

Paris - Espagne - Portugal - Andorre - Monaco

Séminaire diplomatique des ambassadeurs portugais (Lisbonne, 4 janvier 2018)

January 9, 2018

 

Extraits synthétiques du discours de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères (version intégrale sur : https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/dossiers-pays/portugal/evenements/article/deplacement-de-jean-yves-le-drian-a-lisbonne-04-01-18)

 

 

 

Vœu de voir prospérer la relation qui unit nos deux pays, au service des valeurs et des ambitions que nous partageons et, singulièrement, au service du projet européen.

La solidité de la relation entre la France et le Portugal est le fruit d'une longue histoire.

Un de ces moments fondateurs de notre rapprochement : la bataille de la Lys (1918), durant laquelle la 2ème division portugaise de la toute jeune République du Portugal mena un combat héroïque dans les Flandres. Nos plus hautes autorités seront réunies, le 9 avril, sur les lieux de mémoire de ces batailles européennes pour se souvenir, mais aussi pour célébrer le chemin parcouru depuis en Europe et préparer l'avenir de notre maison commune.

Aujourd'hui, notre amitié repose également sur nos communautés.

La communauté portugaise de France, de près de 1,5 million de personnes, est très active. Elle témoigne aussi du courage de votre nation qui a poussé nombre de vos citoyens à aller chercher, dans les périodes difficiles de votre histoire, une vie meilleure pour leurs enfants.

La communauté française au Portugal, attirée par la qualité de l'environnement économique et technologique, illustre désormais la réussite de votre pays : vous avez su surmonter une crise majeure, au point d'être aujourd'hui montrés en exemple à l'échelle européenne.

Nos communautés sont au fondement de nos échanges linguistiques.

La tradition francophone au Portugal et l'importance accordée historiquement à la langue française dans l'enseignement portugais font qu'encore aujourd'hui un quart des Portugais sont de parfaits francophones. Parallèlement, nous accordons une place importante à la langue portugaise en France et comme vous le savez, nos deux pays ont récemment signé un accord pour le renforcement réciproque de l'enseignement de la langue du partenaire.

A cet égard, je trouve paradoxal que le Portugal soit absent de l'Organisation internationale de la Francophonie et que, pareillement, la France ne soit pas présente au sein de la Communauté des pays de langue portugaise. C'est un sujet sur lequel nous avons décidé d'avancer pour que nos deux organisations nous reçoivent de manière croisée. Car ces organisations portent également, sur plusieurs continents, nos valeurs, nos idéaux de dialogue, d'échange et de solidarité. Elles constituent un outil diplomatique de premier ordre, que nous aurions intérêt à partager.

L'engagement de nos deux pays en faveur de la démocratie, de la paix et de la liberté afin de construire un monde plus équilibré passe notamment par nos actions déterminées dans les enceintes multilatérales et pour le multilatéralisme.

Le Secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, pourra toujours compter sur le soutien de la France, dans la conduite de la tâche, immense, qui lui revient. Je voudrais aussi, à nouveau, remercier le Portugal pour son soutien lors de l'élection de notre compatriote, Audrey Azoulay, à la tête de l'UNESCO.

 

L'amitié qui unit la France et le Portugal doit être entretenue et nourrie de nouveaux projets.

En cette année 2018, l'approfondissement du projet européen sera le grand défi que nous devrons relever ensemble. La dynamique politique qui a marqué ces derniers mois est inédite, et nos deux pays partagent l'ambition d'une Europe unie, démocratique et souveraine. Aux propos d'Antonio Costa en septembre au collège d'Europe à Bruges, a ainsi fait écho le discours que le président Macron a prononcé peu après à la Sorbonne.

Membre actif de l'UE et de la zone euro, appelée d'ailleurs à jouer un rôle encore plus important dans la réforme de l'UEM grâce à l'élection de Mario Centeno à la tête de l'Eurogroupe, le Portugal sait bien, tout comme la France, ce que la construction européenne a apporté à nos peuples : la paix, la démocratie, la liberté économique et le progrès social.

La méthode nouvelle est centrale dans les réussites engrangées ces derniers mois.

Elle a été résumée ainsi par le président de la République à l'issue du dernier Conseil européen des 14 et 15 décembre : «nous débattons sans tabous des différents sujets de manière prospective et sans conclusions ; nous construisons ensuite une vraie convergence de vues entre nous, avec la volonté de rassembler plus largement, et nous arrivons à des résultats concrets». Et ces discussions informelles ont abouti à un «agenda des leaders» qui permettra de ne laisser de côté aucun enjeu stratégique de la refondation européenne.

Mais nous devons aller plus loin en donnant la parole aux peuples européens, car la refondation de l'Europe ne pourra pas se faire sans les peuples. C’est un objectif essentiel pour que nos compatriotes retrouvent confiance dans l'Europe et dans son projet. C'est le sens des consultations citoyennes proposées par la France. Un projet de cahier des charges a été partagé avec l'ensemble des États membres, et le président Tusk doit finaliser une méthode au premier trimestre. Nous souhaitons que, dès le printemps prochain, ces consultations transpartisanes permettent aux citoyens européens de débattre, de s'approprier l'Union, de la réinventer pour la décennie à venir. Nous devons faire de ces débats des assemblées inclusives où la parole est libre, contradictoire, constructive, avec des méthodes de consultation ouvertes, des méthodes de consultation numériques. La restitution de ces échanges devra être rigoureuse afin de rétablir la confiance de nos concitoyens.

C'est avec le même souci d'une démocratie européenne retrouvée que nous plaidons, dans la perspective des élections européennes de 2019, pour la mise en place de listes transnationales, car nous croyons profondément que le Parlement européen mérite mieux que d'être uniquement la somme d'intérêts nationaux.

 

A l'issue des sept mois particulièrement intenses au niveau européen, depuis l'élection du président de la République, Emmanuel Macron, je vais tenter un premier bilan et tracer des perspectives, Car je crois pouvoir dire que de premiers résultats sont là. Ils sont importants et encourageants, dans les six domaines-clés identifiés :

  • sécurité et défense ;

  • migrations ;

  • politique étrangère ;

  • transition écologique ;

  • transition numérique ;

  • compétitivité et puissance monétaire.

 

SECURITE ET DEFENSE

 

Des décisions importantes ont été prises, qui permettent de relancer l'Europe de la défense.

Je me réjouis ici que le Portugal fasse partie intégrante de la Coopération structurée permanente, lancée en décembre dernier. Nous devons désormais donner corps à ce cadre et à cette ambition, en lançant rapidement les premiers projets concrets et conjoints, et en respectant nos engagements reflétés dans chacun des plans nationaux de mise en œuvre.

De même, l'accord obtenu entre États membres sur le programme de développement de l'industrie de défense européenne, dans le cadre du Fonds européen de défense, est une avancée majeure. Il faut désormais que ce texte soit adopté rapidement par le Parlement européen de manière à ce que les premiers projets capacitaires conjoints puissent être financés dès 2019 et contribuent ainsi à l'autonomie stratégique de l'UE.

Le président de la République a aussi appelé au développement d'une culture stratégique commune et je me félicite que le Portugal soit associé à l'Initiative européenne d'intervention qu'il a proposée dans son discours de la Sorbonne.

La sécurité, c'est également la lutte contre le terrorisme, et nous devons avancer résolument sur tous les volets qui garantiront à nos citoyens une réponse commune et coordonnée face à cette menace.

La sécurité, c'est aussi la sécurité civile, et je sais que nous pourrons porter ensemble la révision du mécanisme européen de protection civile.

 

MIGRATIONS

 

Deuxième défi, celui de la réponse à des phénomènes migratoires qui seront appelés à durer. Je crois pouvoir dire que, pour la première fois, nous voyons de premiers résultats suite aux décisions courageuses qui ont été prises au niveau européen : la situation en Méditerranée centrale semble s'améliorer.

C'est le résultat d'une action déterminée avec les pays d'origine et de transit, au Sahel et en Libye, engagée depuis le sommet de Paris du 28 août dernier. Il s'agit d'ouvrir des voies légales et sûres d'accès à l'UE pour les personnes en besoin de protection, tout en luttant contre le trafic des migrants et la traite des êtres humains, en sanctionnant tous ceux qui contribuent à ces actes barbares.

Il s'agit aussi de développer les retours volontaires, les accords de réadmission et, en parallèle, les programmes de réinstallation depuis la Libye et les pays voisins qui servent de plateformes de transit (Niger, Tchad…)

Il s'agit aussi de soutenir le renforcement des capacités des États de la région en matière de gestion de frontières (cf. initiative euro-africaine pour évacuer les populations les plus vulnérables en Libye).

Nous sommes mobilisés pour parvenir à un accord, entre États européens, sur la réforme du régime d'asile (équilibre entre les principes de responsabilité et de solidarité).

 

POLITIQUE ETRANGERE

 

Nous progressons dans la construction d'une politique étrangère commune qui permette à l'Europe de défendre efficacement ses intérêts et de promouvoir ses valeurs. L'Europe est le niveau pertinent pour exercer notre souveraineté.

Cette politique commence à nos frontières. Si l'UE ne tend pas la main aux Balkans occidentaux, d'autres le feront, et sans doute aurons-nous à ce moment-là des motifs de le regretter. Mais l'élargissement est un processus exigeant en matière de réforme d'État de droit et de rapprochement de l'acquis communautaire. Il n'est pas question de fixer un délai artificiel et de se précipiter vers un élargissement bâclé.

Le cas de la Turquie est différent. C'est un partenaire stratégique à de nombreux égards, en matière de migrations, de lutte contre le terrorisme, de résolution des crises régionales : pour toutes ces raisons, la France n'entend pas aller vers la rupture ; elle désire maintenir un dialogue exigeant et constructif, fondé sur les engagements que la Turquie a elle-même pris en matière de droits de l'Homme. C'est un travail difficile, les dérives se poursuivent. Mais nous continuons de croire que ce dialogue est nécessaire, aussi pour les citoyens turcs qui ne comprendraient pas que l'Europe puisse regarder ailleurs.

La Méditerranée constitue notre première interface avec le reste du monde ; aussi nous devons continuer de nous mobiliser pour que la priorité accordée à la rive sud de la Méditerranée soit maintenue dans le cadre de la Politique de voisinage et que les spécificités de cette politique soient préservées dans le futur cadre financier pluriannuel de l'UE.

Au Moyen-Orient, où la perte de son emprise territoriale par Daech ne signifie pas que la lutte est achevée. Nous devons rester impliqués et vigilants, y compris à travers des moyens militaires, pour empêcher la menace terroriste de s'étendre. Nous devons également trouver des solutions politiques pour contribuer à établir la paix et la sécurité dans cette région. Nous savons qu'une fragmentation accrue menacerait également nos équilibres : nous sommes sans doute en train de gagner la guerre, il ne faudrait pas perdre la paix (aider à reconstruire, identifier et soutenir les transitions politiques).

En Afrique, où le Portugal comme la France sont impliqués depuis longtemps, et où l'Europe joue un rôle de plus en plus important. Nous devons poursuivre l'élan de mobilisation avec nos partenaires africains afin de répondre à l'ensemble des enjeux globaux auxquels fait face le continent. L'année 2018 sera marquée par la négociation du nouveau cadre de coopération entre l'UE et le continent africain, qui doit être à la hauteur des ambitions que nous mettons dans ce continent d'avenir (paix en République centrafricaine, G5 Sahel, accord politique et les questions militaires au Mozambique, démocratisation en Angola…).

Cela implique également que l'Europe impose ses valeurs et défende mieux ses intérêts dans les enceintes internationales et dans les négociations commerciales. Une Europe ouverte, mais une Europe qui protège. Notre politique commerciale devra prendre en compte les exigences sociales et environnementales qui guident nos réglementations européennes, afin qu'elles ne deviennent pas des faiblesses face à nos partenaires.

Avec le Mercosur, je ne doute pas que nous trouverons un accord ambitieux et équilibré qui prenne en compte nos sensibilités, notamment agricoles, et respecte les enjeux sanitaires et de développement durable.

Nous travaillons aussi à finaliser le dispositif de contrôle des investissements stratégiques proposé par la Commission contre le dumping. L'intention de la France n'est pas de barrer la route à la Chine, dont nous savons qu'elle a été présente pour investir sur le continent européen à un moment où les investisseurs européens ne l'étaient pas suffisamment. Mais il convient d'établir un partenariat fondé sur : le respect de nos règles communautaires, la réciprocité en matière d'ouverture des marchés, une concurrence loyale avec le maintien de notre niveau d'exigence social et environnemental.

 

TRANSITION ECOLOGIQUE

 

L'Europe doit continuer à être chef de file d'une transition écologique efficace. Le «One Planet Summit» a souligné la nécessité de renforcer les financements indispensables pour lutter contre le dérèglement climatique. L'UE doit rester mobilisée pour faire appliquer l'Accord de Paris dans le contexte créé par le retrait de l'administration américaine.

 

Le président Macron a également rappelé la nécessité de :

  • favoriser les interconnexions énergétiques en Europe,

  • accompagner le développement des énergies renouvelables,

  • investir dans le stockage de l'énergie.

Je me réjouis à cet égard de l'accueil par le Portugal de la première réunion de la coalition pour la décarbonation des transports, et je me réjouis de la tenue prochaine au Portugal d'un sommet entre nos deux pays, l'Espagne et la Commission européenne sur l'enjeu des interconnexions énergétiques.

 

TRANSITION NUMERIQUE

 

Je sais que le défi du numérique est bien présent ici à Lisbonne, ville qui accueille avec succès le Web Summit. J'ai présenté une stratégie internationale de la France pour le numérique, dans laquelle l'échelon européen est crucial.

Il nous faudra mettre en place les régulations nécessaires dans ce domaine, afin que tous puissent profiter des potentialités du réseau pour bâtir leur savoir ou leur activité économique. Nous devons donc continuer à travailler ensemble à :

  • la neutralité de l’Internet,

  • une juste taxation des activités numériques,

  • la défense du droit d'auteur, de nos langues et de nos cultures.

 

COMPETITIVITE ET PUISSANCE MONETAIRE

 

Construire un avenir pour la jeunesse européenne est une nécessité morale et politique. C'est garantir à nos jeunes qu'ils pourront étudier et travailler dans une Europe compétitive, qui ne sera pas passée à côté des grands défis de demain. D’où :

  • l'Agence européenne de l'innovation

  • la nécessité de développer un projet européen d'intelligence artificielle.

Cela passe aussi par un investissement déterminé sur le capital humain au niveau européen :

  • le renforcement d'Erasmus,

  • la création de véritables universités européennes,

  • la mobilisation des fonds européens, via le plan Juncker.

Nos ambitions doivent s'accompagner de l'adaptation de notre gouvernance économique et de l'approfondissement de l'Union économique et monétaire.

Nous devons désormais construire des outils de résilience afin de faire de la zone euro une zone de croissance et de stabilité face aux chocs économiques. Je sais le caractère prioritaire que le Portugal accorde au renforcement de l'Union économique et monétaire, avec notamment l'achèvement de l'Union bancaire. La France partage pleinement ces priorités. Nous sommes favorables, comme le Portugal, à la création :

  • d'un Fonds monétaire européen,

  • d'un budget autonome de la zone euro,

  • d'un poste de ministre des finances de cette zone.

Notre objectif est de voir une feuille de route adoptée en juin 2018.

Nous devons aussi aller plus loin dans la convergence sociale et fiscale.

Nous avons marqué une étape importante à Göteborg avec la proclamation du socle européen des droits sociaux. C'est un symbole, mais nous avons réussi à traduire concrètement notre ambition en matière sociale en concluant un accord au Conseil sur la révision de la directive sur le détachement des travailleurs. Nous devrons continuer à travailler sur des dossiers d'importance majeure comme le détachement des travailleurs dans les transports routiers ou la coordination des systèmes de sécurité sociale.

L'autre chantier devant nous est celui de la convergence fiscale. C'est une œuvre de longue haleine, mais nous devons avoir la conviction que ce travail est nécessaire, pour des raisons non seulement économiques mais aussi politiques car la divergence fiscale nourrit une forme de désunion et fragilise toute l'Europe.

Les réflexions sur le cadre financier pluriannuel, dans le contexte du Brexit, doivent également nous inciter à revoir nos choix budgétaires à la lumière de nos nouvelles priorités, en essayant d'avoir plus d'efficacité, plus de simplicité, plus de lisibilité ; nous savons que des réformes seront indispensables pour les plus coûteuses d'entre elles, qu'il s'agisse de la PAC ou de la politique de cohésion.

 

CONCLUSION

 

Nous devons assumer de ne pas pouvoir aller aussi loin avec tous nos partenaires. Il faut que les plus désireux d'un rapprochement accru ne soient pas freinés dans leur ambition.

Enfin, nous devons continuer à lutter pour préserver l'unité européenne dans la diversité, assurer la défense de la démocratie et de l'État de droit, socle des valeurs européennes. Dans les mois qui viennent, nous devrons être attentifs aux évolutions dans certains États membres, ne pas oublier d'où vient notre Europe et les raisons pour lesquelles ce projet a été rêvé, porté, mûri, édifié.

Patrie de navigateurs, d'explorateurs et de poètes, le Portugal reste pour nous, Français, une terre d'audace, de rêves et d'ouverture au monde. Vous le savez mieux que moi, des millions de Français découvrent ou redécouvrent chaque année les merveilles du Portugal. Ils découvrent aussi un pays moderne, dynamique, où la population a su garder le meilleur de ses traditions d'accueil, de générosité et d'équilibre de vie tout en se tournant vers l'avenir, vers les autres et notamment ses voisins européens.

Nous savons également, depuis son adhésion à l'UE, depuis l'œuvre fondatrice du grand Européen que fut Mario Soares, que le Portugal a toujours fait preuve de volontarisme et partage, avec la France, l'ambition d'une Europe à la fois plus forte et plus solidaire, au service de ses concitoyens. Aujourd'hui plus que jamais, à l'aube d'une année cruciale pour nos pays, pour l'Europe et pour le monde, nous avons besoin de l'ouverture au monde, mais nous avons besoin aussi de notre ambition et de notre détermination communes./.

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